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président des États-unis - Page 2

  • Kamala Harris sera-t-elle la première femme Présidente des États-Unis ?

    « Nous sommes à 107 jours de l'élection. Ensemble, nous nous battrons, ensemble nous gagnerons. (…) Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour unir le parti démocrate, notre nation et battre Donald Trump. » (Kamala Harris, le 21 juillet 2024).




     

     
     


    Le retrait du Président Joe Biden de la course présidentielle ce dimanche 21 juillet 2024 est un événement majeur de cette campagne présidentielle, huit jours après la tentative d'assassinat contre Donald Trump et quelques jours après la désignation triomphale de ce dernier à Milkauwee comme candidat du parti républicain. On a reproché à Joe Biden d'avoir mis une petite demi-heure avant de proposer de soutenir Kamala Harris, l'actuelle Vice-Président des États-Unis. Mais le fait, c'est qu'il la soutient.

    Amusant de voir qu'au lendemain de ce retrait, il existe des journalistes français à passer encore du temps à se demander : pourquoi Joe Biden s'est-il retiré ? La réponse paraît en effet assez évidente, mais cela fait penser aussi à la question que tous les Français (moins un) se posent depuis le 9 juin : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il dissous l'Assemblée Nationale ? On pourrait d'ailleurs titrer : Joe Biden s'est auto-dissous ! Ou proposer à Jean-Luc Mélenchon de faire comme Joe Biden, se retirer de la vie politique (après tout, la retraite à 73 ans, ce n'est pas trop tôt) et laisser les générations à venir s'occuper du pays.
     

     
     


    Ce qui est étrange, c'est que dans les récents sondages, réalisés après l'attentat de Butler, Joe Biden n'était pas si loin de Donald Trump en intentions de vote. Ce qui va surtout changer, avec le départ de Joe Biden de la course présidentielle, c'est que l'argument de l'âge va pouvoir être retourné à l'envoyeur en rappelant ainsi que Donald Trump devient le candidat à l'élection présidentielle le plus vieux de l'histoire des États-Unis (Joe Biden était plus jeune que lui en 2020). Certains observateurs affirmaient même que ce serait le parti qui renverrait le premier son candidat âgé qui gagnerait l'élection. Donald Trump sera, lui, bien candidat, rescapé de l'attentat et toujours bien vivant. À la combativité presque insolente.

    Bien sûr, connaître le pourquoi du comment du renoncement est toujours intéressant, mais c'est aux historiens et aux politologues que la question échoie, avec le recul du temps. Dans l'immédiateté de la vie politique, que ce soit pour une campagne législative en France ou une campagne présidentielle aux États-Unis, ces deux actes, provoqués par le Président respectivement des deux nations, ont bouleversé considérablement le cours des événements politiques et la question serait plutôt ce que cela va entraîner.

    Pour le camp des démocrates, assurément, il leur faudra désigner leur nouveau candidat, d'ici à leur Convention à Chicago (du 19 au 22 août 2024), dans le meilleur des cas le plus rapidement possible car il ne reste pas beaucoup de temps avec l'élection du 5 novembre 2024. Joe Biden a annoncé son soutien assez clair à Kamala Harris, ainsi que le couple Bill Clinton et Hillary Clinton, cette dernière adversaire malheureuse de Donald Trump en 2016 : « Nous sommes fiers de nous joindre au Président pour soutenir la Vice-Présidente Harris et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour la soutenir. ».

    En revanche, Nancy Pelosi, ancienne Présidente de la Chambre des représentants et figure très influente du parti démocrate (bien qu'âgée de 84 ans), n'a pas mentionné le premier jour le nom de la Vice-Présidente et souhaiterait une désignation transparente : « Le Président Joe Biden est un patriote américain qui a toujours donné la priorité à notre pays. Son héritage de vision, de valeurs et de leadership fait de lui l'un des Présidents les plus influents de l'histoire américaine. ». Toutefois, Nancy Pelosi a apporté son soutien à Kamala Harris le lendemain (22 juillet).

    De son côté, l'ancien Président Barack Obama a salué le courage et l'abnégation de Joe Biden, mais sans évoquer sa Vice-Présidente : « Nous allons naviguer dans des eaux inconnues dans les jours à venir. Mais j'ai une confiance extraordinaire dans la capacité des dirigeants de notre parti à créer un processus qui permettra de désigner un candidat exceptionnel. ». Certains murmurent que son épouse Michelle Obama pourrait être intéressée par une candidature, mais au contraire d'Hillary Clinton, qui a été élue sénatrice et qui a eu des fonctions d'État (Secrétaire d'État), Michelle Obama n'a joué aucun rôle officiel à ce jour. D'autres expliquent que Barack Obama souhaite dans le parti démocrate des débats et de la démocratie.

    Avant d'évoquer le parcours de la future candidate ainsi que la polémique que les trumpistes ont voulu créer dès le retrait de Joe Biden, il faut donc rappeler quelques règles du parti démocrate, car on ne désigne pas un candidat à l'élection présidentielle sur le coup d'un claquement de doigts, ou à la lecture des sondages, ou encore dans une obscure salle de comité central.

    Ah, tiens, à propos de comité central, tentons encore le parallèle avec la nouvelle farce populaire (NFP) : depuis seize jours, ces supposés vainqueurs des élections législatives (à cent sièges près !) peinent à choisir un Premier Ministre (la candidate du PS Laurence Tubiana, 74 ans, a renoncé le 22 juillet 2024, après l'abandon d'Huguette Bello le 14 juillet 2024) qu'ils reprochent au Président Macron de ne pas avoir nommé ! Faut-il l'unanimité, comme veulent l'imposer les apparatchiks des insoumis, ou un vote des groupes parlementaires, comme le suggèrent les socialistes qui jouissent d'un avantage numérique au Parlement avec son groupe sénatorial ? L'unanimité semble pourtant nécessaire, car chaque vote à l'Assemblée sera capital. Et dans ce cas, mission impossible.

     

     
     


    Chez les démocrates américains, c'est différent. Au lendemain de l'abandon de Joe Biden, il n'y a pas beaucoup de suspense sur le nom du candidat, de la candidate : Kamala Harris a démarré avec beaucoup d'élan et de dynamisme sa campagne présidentielle. Dès les premières heures, elle a su récolter sur son nom ce que les donateurs hésitaient à donner à un vieillard trop peu dynamique pour vaincre Donald Trump : « À 21h, les sympathisants de la base ont récolté 46,7 millions de dollars via ActBlue après le lancement de la campagne de la Vice-Présidente Kamala Harris. Il s'agit de la journée de collecte de fonds la plus importante du cycle 2024. Les petits donateurs sont motivés et prêts à affronter cette élection. » (selon un tweet de ActBlue du 21 juillet 2024). Au bout de 24 heures, ce sont 81 millions de dollars qui ont été collectés pour la campagne de Kamala Harris. C'est beaucoup. Cela ne réhaussera pas forcément le niveau (très bas) de la campagne, mais cela va rééquilibrer les spots politiques en faveur des démocrates.

    Mais il faut rester dans la forme. Nancy Pelosi et d'autres grands démocrates veulent rester irréprochables sur la désignation de leur candidat, pour défendre les institutions face à un adversaire qui s'assied allègrement sur celles-ci, Congrès, justice, etc. quand cela l'arrange. En principe, le candidat démocrate est désigné à l'issue des primaires du parti démocrate qui se sont déroulées du 23 janvier au 8 juin 2024 et Joe Biden a obtenu 3 905 délégués alors que 1 975 sont suffisants pour être désigné (ce qui correspond à 14,5 millions de voix, soit 87,1%). Les autres candidats aux primaires démocrates étaient Dean Philips avec 4 délégués (3,2% des voix), Jason Palmer 3 délégués (0,1% des voix) et Marianne Williamson 0 délégué (2,9% des voix).

    Le problème, c'est que les délégués qui ont été élus pendant ces primaires ont un mandat impératif (ce qui fait que la démocratie amércaine est complètement différente de la démocratie française). C'est-à-dire que les délégués de Joe Biden ont été élus pour apporter leur suffrage à Joe Biden, à lui seul et à personne d'autre, le 19 août 2024 lors de la Convention. Dès lors que Joe Biden n'est plus candidat, ces délégués retrouvent leur liberté de choix, car il est bien entendu hors de question de redésigner de nouveaux délégués (cela prendrait au moins cinq mois).

     

     
     


    C'est donc le choix personnel de ces 3 949 délégués qui va désigner le candidat démocrate. La question reste toutefois : comment feront-ils connaître leur choix ? Beaucoup souhaitent qu'ils fassent leur choix de manière électronique avant la Convention pour que celle-ci, comme c'est le cas d'habitude, soit le moment festif de lancement de la candidature officielle. D'autres, au contraire, en particulier Nancy Pelosi, voudraient plus de transparence et que le vote intervienne au début de la Convention, le 19 août, ce qui, à mon sens, sera probablement retenu car c'est le moyen le plus transparent.

    Tout cela n'est qu'un problème de forme, car pour le fond, la candidature de Kamala Harris est lancée avec force et dynamisme. Soutenue notamment par six gouverneurs dont l'ancien maire de San Francisco et actuel gouverneur de Californie Gavin Newsom, Kamala Harris aurait déjà gagné la confiance au moins de 1 208 délégués en un jour. Aucun candidat démocrate ne semble en mesure de lui disputer sérieusement la candidature. La vraie question sera quel sera son colistier, forcément un homme, probablement dans un État "partagé" ou "tangent" (un "swing state").

    La polémique créée par les républicains quelques heures après son annonce de retrait, c'est de dire : si Joe Biden n'est plus capable d'être candidat, alors il n'est plus capable d'être Président, il faut qu'il s'en aille. Mais le raisonnement est particulièrement stupide pour les républicains, car si Joe Biden quittait la Maison-Blanche, ce serait Kamala Harris qui deviendrait tout de suite Présidente des États-Unis, la première femme à la Maison-Blanche. Et elle démontrerait alors qu'elle est présidentiable.

    Cela n'a pas empêché les instituts de sondage de sonder le peuple sur ce thème : Joe Biden doit-il quitter la Maison-Blanche ? Dans le sondage publié le 21 juillet 2024 par YouGouv, une large majorité des sondés (56%) souhaiterait que Joe Biden termine son mandat dans tous les cas. Le peuple américain est parfois sage (mais pas toujours).

     
     


    Qui est Kamala Harris ? C'est une femme de presque 60 ans (elle les aura le 20 octobre) qui, par son histoire, fait partie du rêve américain. Fille d'un économiste d'origine jamaïcaine et d'une cancérologue spécialiste du cancer du sein d'origine indienne, elle est devenue avocate au barreau de San Francisco. Ses parents s'étaient rencontrés à l'Université de Californie à Berkeley où chacun préparait un doctorat (l'un en économie, l'autre en médecine). Il se sont quittés quand Kamala avait 7 ans.

    Kamala Harris a fait toute sa carrière en Californie : procureure de San Francisco de 2004 à 2011, puis première femme procureure générale de Californie de 2011 à 2017, elle a acquis une réputation de progressiste (pour être procureur, il faut être élu). Au lendemain de la victoire de Donald Trump à la Présidence des États-Unis le 8 novembre 2016, et alors que les dirigeants démocrates étaient sonnés par leur défaite, Kamala Harris, nouvellement élue sénatrice des États-Unis en Californie, a prononcé une discours de combat où elle disait qu'elle se battrait de toutes ses forces contre Donald Trump, contre ses idées. Et effectivement, elle s'est lancée le 21 janvier 2019 dans la bataille des primaires démocrates pour l'élection présidentielle de 2020.

    Si, avant l'été 2019, elle talonnait Joe Biden dans les sondages pour les primaires démocrates, elle s'est écroulée à la fin de l'automne et a jeté l'éponge le 3 décembre 2019, par manque de moyens. Repêchée par Joe Biden qui en a fait, le 11 août 2020, sa colistière, Kamala Harris a été élue Vice-Présidente des États-Unis le 3 novembre 2020, première femme à occuper ce poste, qui plus est, une femme de couloir (mais qui n'a rien à voir avec les Afro-américains).

    Être Vice-Président des États-Unis est toujours ingrat. Son principal rôle est de présider le Sénat, ce qui peut être déterminant lorsque le Sénat est partagé. Et le Président peut lui confier des missions. En mars 2021, encore en pleine crise du covic-19, Joe Biden a confié à Kamala Harris la gestion de la grave crise migratoire : beaucoup de ressortissants des pays d'Amérique latin sont entrés illégalement aux États-Unis. Le sujet est très difficile à traiter. En raison de la sensibilité de ce thème, repris autant par les populistes américains dans leur pays que les populistes français en France, Kamala Harris n'a pu que se prendre des coups : fustigée par les républicains en raison de l'arrivée massive des migrants, elle a été aussi très critiquée par l'aile gauche du parti démocrate car elle est allée dans tous les pays d'Amérique latine pour négocier la réduction des flux migratoires. Si elle a déçu les démocrates pendant ce mandat, elle est cependant une battante, capable de visiter tout le pays pour expliquer les lois et apporter de la compréhension aux citoyens.

    La voici aux portes du pouvoir. Contrairement à ce qu'affirme Donald Trump qui n'en finit pas de se dire miraculé et qui n'en finit pas de débiter des grossièretés et des insultes sans argumentation politique, l'élection du 5 novembre 2024 va être très serrée. Kamala Harris a un potentiel encore intact et dès le premier jour de sa campagne, déjà dans les réseaux sociaux, son visage a remplacé celui de Barack Obama dans la célèbre affiche, y ajoutant un jeu de mot : Yes, We Kam ! Le moment Trump est en train de s'évaporer. Place au moment Kamala.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (22 juillet 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Kamala Harris sera-t-elle la première femme Présidente des États-Unis ?
    USA 2024 : Joe Biden se retire et soutient Kamala Harris !
    Donald Trump victime d'une tentative d'assassinat.
    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Ronald Reagan.
    Triste Trump (hic) !
    Paul Auster.
    Standard & Poor's.
    Moody's et Fitch.
    Les 75 ans de l'OTAN.
    Lee Marvin.
    Les 20 ans de Facebook.
    Bernard Madoff.
    La crise financière mondiale de 2008.

    La boîte quantique.
    Maria Callas.
    Henry Kissinger.
    Alexander Haig.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240722-kamala-harris.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/kamala-harris-sera-t-elle-la-255973

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/07/22/article-sr-20240722-kamala-harris.html


     

  • USA 2024 : Joe Biden se retire et soutient Kamala Harris !

    « Je crois qu'il est dans l'intérêt de mon parti et de mon pays de me retirer et de me concentrer uniquement sur l'exercice de mes fonctions de Président jusqu'à la fin de mon mandat. » (Joe Biden, le 21 juillet 2024 sur Twitter).


     

     
     


    Apparemment, ce dimanche 21 juillet 2024 à 19 heures 46, heure de Paris, le Seigneur tout-puissant est descendu à la Maison-Blanche et a dit au Président des États-Unis : « Joe, retire-toi de la course ! ». C'est du moins ce que Joe Biden avait donné comme condition au début du mois de juillet 2024 pour expliquer l'hypothèse improbable de son retrait de la course présidentielle. Il est toujours question de Dieu avec les Américains.

    Depuis son premier débat télévisé face à Donald Trump le 27 juin 2024 sur CNN, beaucoup de ses amis démocrates lui ont demandé de se retirer. Pas facile d'entendre le directeur du "New York Times", George Clooney, Nancy Pelosi, ancienne Présidente de la Chambre des représentants, ou encore Chuck Schumer, chef de la majorité démocrate au Sénat, lui dire : Joe, il va falloir t'arrêter, il va falloir passer le flambeau. Alors, invoquer Dieu, cela permet de transcender la vie politique américaine. Et ses propres failles.

    Il faut dire que Joe Biden n'a pas eu beaucoup de chance. Ses bourdes, ses gaffes, ses lapsus, c'est sa marque de fabrique, même jeune... mais en faire autant en si peu de temps, cela devenait inquiétant pour ce vieillard de 81 ans. Au Sommet de l'OTAN le 11 juillet 2024 à Washington, Joe Biden avait appelé à la tribune le Président... Poutine pour dire Zelensky, et s'il avait su se rattraper habilement, il a laissé courir l'autre lapsus du jour, en parlant de son Vice-Président... Trump !

     

     
     


    Déjà qu'on ne savait plus trop bien dans quelle époque il vivait, du temps de François Mitterrand ou de Georges Pompidou, le coup de grâce a été la tentative d'assassinat de son adversaire, Donald Trump, le 13 juillet 2024 à Butler, en Pennsylvanie. À quelques millimètres, il serait mort et la balle ne lui a écorché qu'un bout d'oreille. Au-delà de la chance phénoménale (Donald Trump a assuré que Dieu l'avait protégé), c'est surtout son dynamisme qui a étonné, Donald Trump a levé le point et a réussi à faire scander la foule avec ces mots : fight ! fight ! avant d'être exfiltré par les services de sécurité. Quelle forme alors qu'on a failli le tuer, alors que Joe Biden se présente comme un mort vivant, une sorte de momie robotisée aux gestes très lents et maladroits. On tire sur Trump et Biden est touché !

    Autre coup de grâce, Joe Biden a attrapé le 17 juillet 2024 pour la troisième fois le covid-19, et a dû interrompre sa campagne (annuler son meeting à Las Vegas) et s'isoler. Encore une fois, ce n'était pas de chance tandis que Donald Trump pouvait fanfaronner : j'ai failli mourir, j'ai vaincu une balle de fusil mitrailleur, tandis que mon adversaire est vaincu par un petit virus !

    Pourtant, Joe Biden avait bien manœuvré en réaction à l'attentat de Butler. Prônant la non-violence politique, il avait des mots rassembleurs pour se resserrer derrière l'idée de démocratie américaine. Toutefois, l'argumentation des démocrates contre Donald Trump tombait naturellement : ils disaient que Trump était une menace pour la démocratie, et le voici victime de la violence. La menace, ce n'est plus Trump ; Trump, c'est le héros de la démocratie, au contraire. On aura beau rappeler les multicondamnations, la grossièreté, les mensonges, etc. Il reste, Donald Trump, l'exemple typique du cow-boy américain qui veut être libre, tranquille et qui ne supporte pas les lois, les règlements, les normes. Et le clip où des démocrates affirmaient vouloir "cibler" Trump a vite disparu des écrans...

     

     
     


    Depuis quelque temps, les donateurs se faisaient de plus en plus rares pour le camp démocrate (et l'argent est le nerf de la démocratie aux États-Unis) et surtout, les parlementaires (qui sont renouvelés en même temps que l'élection présidentielle) craignaient un désastre électoral et une vague républicaine. La Convention nationale des Républicains du 15 au 18 juillet 2024 à Milkauwee, dans le Wisconsin, a été un triomphe pour Donald Trump, formellement désigné candidat des républicains le 15 juillet 2024 avec pour colistier à la Vice-Présidence James D. Vance.

    L'échéance électorale est le mardi 5 novembre 2024, dans trois mois et demi, et la Convention nationale des Démocrates devra désigner formellement son candidat entre le 19 et le 22 août 2024 à Chicago. Dans tous les cas, cela va faire court pour le candidat ou plutôt la candidate démocrate.

    Décidément, la campagne présidentielle américaine 2024 est, à tout point de vue, personnalités en cause et déroulement, exceptionnelle et historique, avec deux faits majeurs et historiques : la tentative d'assassinat contre Donald Trump qui l'a placé dans une sorte de héros présidentiel à l'image de Lincoln, John Kennedy ou Ronald Reagan, et, ensuite, le retrait de la candidature du candidat le plus vieux de l'histoire américaine à quelques mois de l'élection.

    En choisissant la sagesse, ce qui était très difficile pour son ego, Joe Biden va satisfaire près des deux tiers des électeurs démocrates que les sondages disaient partisans de son retrait.

     

     
     


    Une demi-heure après l'annonce de son retrait, Joe Biden, par un second tweet daté du 21 juillet 2024 à 20 heures 13, heure de Paris, a annoncé qu'il soutenait sa Vice-Présidente Kamala Harris : « Ma toute première décision en tant que candidat du parti en 2020 a été de choisir Kamala Harris comme Vice-Présidente. Et c’est la meilleure décision que j’ai prise. Aujourd’hui, je souhaite offrir mon plein soutien et mon approbation à Kamala pour qu’elle soit la candidate de notre parti cette année. Démocrates, il est temps de s’unir et de battre Trump. Faisons cela. ».

    La bataille va donc complètement changer d'allure pour Donald Trump. Avec Kamala Harris, le vieux, le machiste, le grossier personnage sera plus facilement montré du doigt. Mais il reste à la Vice-Présidente encore beaucoup de chemin à parcourir pour pouvoir convaincre les indécis et les centristes de l'électorat, tandis que le candidat républicain a pris une très grande longueur d'avance avec sa désormais légende nationale. Nous vivons une époque formidable.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (21 juillet 2024)
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    Pour aller plus loin :
    USA 2024 : Joe Biden se retire et soutient Kamala Harris !
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    Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
    Ronald Reagan.
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    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240721-biden.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/usa-2024-joe-biden-se-retire-et-255964

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/07/21/article-sr-20240721-biden.html





     

  • Donald Trump victime d'une tentative d'assassinat

    « J’ai tout de suite su que quelque chose n’allait pas quand j’ai entendu un bruit strident, des tirs, et immédiatement senti la balle me traverser la peau. » (Donald Trump, le 14 juillet 2024).



     

     
     


    Ciel bleu, visage ensanglanté, poing tendu, sur fond de drapeau américain. Donald Trump, qui a été victime d'une tentative d'assassinat lors de son meeting électoral à Butler, en Pennsylvanie, ce samedi 13 juillet 2024 à 18 heures 11 (heure locale, un peu plus de minuit à Paris), a donné aux Américains l'image américaine du tableau de la Liberté guidant le peuple de Delacroix. Un participant au meeting en est mort, deux autres gravement blessés, l'auteur de l'attentat tué à la nuque par les services de sécurité, tandis que l'ancien Président des États-Unis a été blessé à l'oreille droite.

    On peut dire qu'il a eu de la chance, il sera Reagan, pas Kennedy ni Lincoln. Situation étrange où même les plus féroces adversaires politiques de Donald Trump lui ont adressé des messages de sympathie : Joe Biden (qui était dans le Delaware, son État), Kamala Harris, Barack Obama, Nancy Pelosi, pour n'en citer que quatre. Cette dernière, ancienne Présidente de la Chambre des Représentants, est bien consciente de l'état de violence de la société américaine et de la vie politique américaine puisque son mari avait été agressé à coups de marteau en 2022.
     

     
     


    Tous, dans la classe politique américaine mais aussi les actuels ou anciens chefs d'État ou de gouvernement à l'étranger, qui furent les anciens interlocuteurs de Donald Trump lorsqu'il était à la Maison-Blanche (ou pas), en particulier Benjamin Netanyahou, Emmanuel Macron, Keir Starmer, Javier Milei, Jair Bolsonaro, Justin Trudeau, Volodymyr Zelenski, etc., ainsi que le Secrétaire Général de l'ONU Antonio Guterres, ont bien évidemment condamné cet attentat et apporté leur soutien et sympathie au candidat à l'élection présidentielle américaine.

    On pourrait, de manière un peu trop simpliste, dire comme Salomon : tu es puni par là où tu as péché, et répéter que la violence même verbale sécrète toujours la violence alors que le rôle des acteurs publics, des responsables politiques, c'est au contraire d'apaiser, de rassembler, d'apporter un peu de cohésion sociale et de réconfort moral. La justice américaine qui a reconnu le 31 mai 2024 la culpabilité de l'ancien Président américain dans diverses affaires (trente-quatre chefs d'accusation !), a décidé de ne pas le poursuivre dans l'invasion du Capitole le 6 janvier 2021 car, encore Président des États-Unis, il jouissait encore de l'immunité présidentielle.
     

     
     


    En tête dans les sondages pour la course présidentielle, Donald Trump a annoncé qu'il serait bien présent à la Convention nationale des Républicains qui se tiendra du 15 au 18 juillet 2024 à Milwaukee, dans le Wisconsin, pour désigner formellement le candidat républicain à l'élection présidentielle du 5 novembre 2024. Sa désignation ne fait aucune doute puisque ses adversaires Ron DeSantis et Nikki Haley avaient assez rapidement déclaré forfait, respectivement le 21 janvier 2024 et 6 mars 2024.

    Pour le Parti démocrate qui tiendra sa Convention nationale à Chicago du 19 au 22 août 2024, la situation est moins évidente. Certes, le Président en exercice Joe Biden a annoncé depuis longtemps sa volonté de battre une nouvelle fois Donald Trump, il s'est déclaré le seul à l'avoir fait (en 2020) et le seul à pouvoir encore le faire, mais les sondages lui donnent actuellement un retard non négligeable et ses dernières bourdes ont encouragé certains parlementaires ou responsables démocrates (et aussi financiers) à vouloir choisir un autre candidat.
     

     
     


    En particulier, son premier débat face à Donald Trump le 27 juin 2024 sur CNN a été catastrophique sur sa capacité à présider encore à 81 ans alors que son adversaire a menti 50 fois en 90 minutes ! Selon CBS News, Joe Biden a eu « une voix rauque, des expressions faciales béantes, des réponses confuses sur des questions clefs et un manque perçu de réfutation des mensonges de l'ancien Président Donald Trump ».

    De plus, au Sommet de l'OTAN à Washington le 11 juillet 2024, Joe Biden a confondu Volodymyr Zelensky avec Vladimir Poutine, puis Kamala Harris avec Donald Trump (ce dernier lui a répondu : Good job, Joe !). Même si le Président a toujours eu l'habitude de faire des bourdes depuis toujours (et même jeune), cela lui donne une mauvaise image de "présidentialité" même si l'âge de son adversaire, 78 ans, n'est pas non plus sans problème (Donald Trump aussi avait des absences lors de son procès au printemps). Pour autant, lors de son discours très combatif à Détroit le 12 juillet 2024, Joe Biden a réaffirmé son intention d'aller jusqu'au bout de son combat électoral et a assuré qu'il gagnerait : « Je suis candidat et nous allons gagner ! ».

    Ce qui est clair, c'est que Donald Trump a montré un certain courage physique au moment de l'attentat qui l'a blessé, s'est inquiété de l'état des deux personnes blessées, a présenté ses condoléances pour le participant qui est mort, et va bénéficier très logiquement d'un courant de sympathie pour ce qu'il a subi. Ce qui ne fait pas vraiment les affaires des démocrates.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


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    Les 75 ans de l'OTAN.
    Lee Marvin.
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    Bernard Madoff.
    La crise financière mondiale de 2008.

    La boîte quantique.
    Maria Callas.
    Henry Kissinger.
    Alexander Haig.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240713-trump.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/donald-trump-victime-d-une-255840

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  • Une nostalgie nommée Ronald Reagan ?

    « Une récession, c’est quand votre voisin perd son travail. Une dépression, c’est quand vous perdez votre travail. Et la reprise, c’est quand Jimmy Carter perd le sien ! » (Ronald Reagan, 1980).


     

     
     


    C'était avec ce genre de parole péremptoire que l'ancien acteur d'Hollywood a été élu Président des États-Unis le 4 novembre 1980 contre le sortant Jimmy Carter. Ronald Reagan est mort il y a vingt ans, le 5 juin 2004, à Los Angeles à l'âge de 93 ans, souffrant de la maladie d'Alzheimer. Son corps reposant au Capitole le 9 juin 2004 à Washington, près de 105 000 citoyens américains sont venus se recueillir pour lui rendre hommage.

    Il fait partie de ces Présidents hors normes, souvent du Parti républicain, qui ont été élus par des élans de populisme contre un rival considéré comme faisant partie de l'etablishment washingtonien : Ronald Reagan contre Jimmy Carter en 1981, George W. Bush contre Al Gore en 2000 et Donald Trump contre Hillary Clinton en 2016. En gros, tous les vingt ans apparaît ce genre de personnage qui montre que la personnalité, l'audace, la détermination et le charisme l'emportent sur le savoir, la compétence, la raison et l'expérience. Pourtant, ces trois Présidents sont très différents les uns des autres. Donald Trump est sans doute le plus hors normes et c'est la raison pour laquelle George W. Bush n'avait pas voté pour lui en 2016 (même si Trump s'est beaucoup inspiré de Reagan pour son slogan de campagne : "Make America Great Again"). Bush Jr en effet appartenait bien à l'etablishment, comme fils de son père, mais il laissait l'image d'un candide qui représentait plus le peuple qu'un habitué du pouvoir.

    Reagan représentait les acteurs dans les années 1950 avant de représenter le peuple d'abord comme gouverneur de Californie puis comme Président. Si pour lui, la vie politique était une grande scène de théâtre, il avait des convictions qui en ont fait un grand Président. Libéral, il ne s'ennuyait pas avec les formalités. Une grève dans les transports aériens ? Ce n'était pas grave, il virait les dix mille contrôleurs aériens en grève, recrutait l'armée et les transports aériens reprenaient. Les syndicats pourtant puissants en furent estomaqués. Une recette peut-être gagnante ?

     
     


    Jugez-en par la situation économique. À son arrivée à la Maison-Blanche, inflation à 12,5%, "croissance" négative (-2%) et chômage à 10,8%. À la fin de sa Présidence, huit années plus tard : inflation à 4,4%, croissance de 3,9% par an en moyenne, chômage à 5,4%. L'efficacité du libéralisme sur le collectivisme. Mais cela signifiait sacrifier une grande part de la population dans la précarité. Et la note à payer, c'était un endettement massif : la dette publique a triplé, de 1 000 milliards de dollars à 2 900 milliards de dollars. Tout a été référencé pour garder une monnaie forte (après l'effondrement du dollar en 1982).

    Parmi les raisons du déficit chronique, l'augmentation de 40% du budget consacré aux dépenses militaires. Car le double mandat de Ronald Reagan s'est avant tout caractérisé par la politique extérieure, dès son élection qui a profité d'une situation américaine catastrophique à Téhéran (prise d'otages américains depuis 1979). Il a gagné pour redonner fierté aux Américains : America is back ! Ronald Reagan a été très interventionniste dans le monde des années 1980, et son principal objectif était idéologique : vaincre le communisme international. Et il y est parvenu avec la chute de l'Union Soviétique qu'il n'a pas connue comme Président des États-Unis mais à laquelle il a très largement contribué, notamment en mettant en œuvre le plan de bouclier nucléaire qui, s'il n'était pas techniquement pertinent, a été d'une très grande efficacité politique.

     
     


    Ronald Reagan a su créer un front occidental uni (avec Margaret Thatcher et François Mitterrand) contre les missiles soviétiques SS-20 installés en Europe centrale et orientale. Le Président américain n'a pas oublié ce discours mémorable du Président français à Bruxelles le 12 octobre 1983 lors d'un dîner officiel, avec cette formule qui résumait bien les choses : « Le pacifisme est à l'Ouest et les euromissiles sont à l'Est ! ». On pourrait malheureusement la décliner avec la guerre voulue par Vladimir Poutine en Ukraine : il n'y a que du côté "occidental" qu'on entend des velléités de paix, afin surtout de laisser la Russie vaincre.

    Le climat international était tel que des personnalités politiques françaises très diverses se revendiquaient de Reagan : François Mitterrand (qui, grâce à lui, a gagné en crédibilité internationale), Jacques Chirac (qui adopta son libéralisme pour 1986-1988, qu'il abandonna en 1995), et même Jean-Marie Le Pen pour avoir repompé en 1985 le slogan de Reagan à la sauce française ("La France est de retour").

    Toutefois, l'épopée reaganienne a commencé à vaciller à partir de 1986. D'abord l'explosion de la navette spatiale Challenger le 28 janvier 1986, et cet hommage présidentiel : « Le futur n’appartient pas aux timides ; il appartient aux braves. (…) Nous ne les oublierons jamais, ni la dernière fois que nous les avons vus, ce matin, quand ils préparèrent leur voyage et dirent au revoir, et rompirent les liens difficiles avec la Terre pour toucher le visage du Créateur. ». Et surtout avec la sortie du scandale de l'IranGate (le gouvernement américain aurait vendu des armes à l'Iran pour financer le soutien aux contras au Nicaragua).

     
     


    Il quitta néanmoins la Maison-Blanche avec la réputation du guerrier vainqueur du communisme, après avoir négocié les premiers traités de désarmement nucléaire avec l'URSS. Dans sa retraite californienne, Ronald Reagan s'éclipsa sur la pointe des pieds avec cette sale maladie neurodégénérative pendant les dix dernières années de sa vie : « J’entame maintenant le voyage qui me mènera au crépuscule de ma vie. » avait-il simplement écrit aux Américains le 5 novembre 1994. Il reste très admiré des Américains. De nombreux sondages ont indiqué qu'il était considéré comme le meilleur Président des États-Unis depuis la guerre. Sa postérité est telle qu'on donna son nom à un aéroport national (celui de la capitale) en 1998 et à un porte-avions en 2001. On pourrait aussi donner son nom à cette nostalgie, celle des années 1980, celle des années fric, celle du débridage économique que la France n'a connu qu'à partir de la Présidence Macron.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (02 juin 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    America is back !
    Nancy Reagan.
    Le Biden de Reagan.
    Ronald Reagan.
    Triste Trump (hic) !
    Paul Auster.
    Standard & Poor's.
    Moody's et Fitch.
    Les 75 ans de l'OTAN.
    Lee Marvin.
    Les 20 ans de Facebook.
    Bernard Madoff.
    La crise financière mondiale de 2008.

    La boîte quantique.
    Maria Callas.
    Henry Kissinger.
    Alexander Haig.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240605-reagan.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/une-nostalgie-nommee-ronald-reagan-254846

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/06/01/article-sr-20240605-reagan.html



     

  • Triste Trump (hic) !

    « Un esprit malicieux a défini l'Amérique comme un pays qui a passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation. On pourrait, avec plus de justesse, appliquer la formule aux villes du Nouveau Monde : elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans s'arrêter à l'ancienneté. » ("Tristes Tropiques", 1955).



     

     
     


    Pas très original (et assez répétitif de ma part) de parodier le titre du célèbre essai de l'ethnographe Claude Lévi-Strauss. Pourtant, il faudra bien des générations d'historiens pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis, où un ancien Président, regroupant tout ce que l'humain peut avoir de plus mauvais en sentiments, réflexions, idéologies (jusqu'à menacer ouvertement ses juges), se lisant presque physiquement sur son visage, est en passe de redevenir l'élu d'un peuple profondément divisé, du moins, le favori d'une élection très incertaine et certainement très serrée.

    Le 5 novembre 2024 auront lieu les élections présidentielles aux États-Unis. Fin mai 2024, mais en fait, depuis le début, les primaires chez les démocrates et chez les républicains n'entretenaient aucun suspense dramatique : l'actuel Président en exercice Joe Biden sera le candidat à sa réélection pour les démocrates, et l'ancien Président Donald Trump, par ailleurs milliardaire, sera le candidat de la revanche pour les républicains. Le choc des vieillards : 78 ans (dans deux semaines) vs 81 ans !

    Ce jeudi 30 mai 2024 a eu lieu un événement qui marquera l'histoire politique des États-Unis : Donald Trump a été jugé coupable à l'unanimité des douze jurés populaires de la cour criminelle de Manhattan, coupable de trente-quatre délits dont des falsifications de documents comptables. Le juge Juan Merchan, qui présidait le procès, doit fixer la peine de l'ancien Président le 11 juillet 2024. Quelle que soit la nature de la peine, même de la prison ferme, Donald Trump ne sera pas empêché d'être candidat aux élections présidentielles. Si c'est une première aux États-Unis, la France a déjà expérimenté deux anciens Présidents de la République jugés et condamnés, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy (et cela ne fait pas la fierté des Français).

    Trump risque-t-il la prison ? En théorie, chaque délit pourrait lui valoir au maximum quatre ans de prison, et comme aux États-Unis, on peut cumuler les années de prison, il pourrait être condamné au maximum à cent trente-six années de prison ! Il y a très peu de chance qu'il aille en prison avant les présidentielles, car il peut faire appel, mais surtout, il y a plein d'autres obstacles. Le premier, c'est qu'avec un casier judiciaire vierge et sans sang sur les mains, un justiciable ordinaire ne serait a priori pas condamné à de la prison ferme pour ces délits.

    En outre, en tant qu'ancien Président, il a droit (et c'est même une obligation) une garde rapprochée à vie pour le protéger, et il faudrait donc aménager un espace en prison pour que cette garde rapprochée puisse agir. Enfin, son incarcération pourrait mettre à mal le premier amendement de la Constitution, ce qui est le plus important aux yeux des Américains, à savoir la liberté d'expression : en enfermant un candidat aux présidentielles, d'autant plus qu'il est le favori, on l'empêcherait de faire campagne, et donc, de s'exprimer, ce qui contreviendrait à ce premier amendement.

    On ne sait plus trop ce qui est le plus grave, si c'est d'avoir eu une liaison avec une actrice du porno (Stormy Daniels), avoir tenté de l'acheter pour qu'elle se taise avant son élection en novembre 2016, avoir corrompu les élections de 2016, avoir falsifié ses comptes pour ne pas voir cette tentative ? À une époque pas si éloignée (il y a vingt-cinq ans), on avait beaucoup disserté sur les plateaux de télévision sur le mensonge sous serment de Bill Clinton. Mais face à Donald Trump, l'ancien Président démocrate ferait vraiment figure de petit joueur.

     
     


    Pour moi, le plus grave est ailleurs : que des hommes de pouvoir aient des failles et qu'elles soient mises à jour n'est pas très étonnant. En revanche, que l'un d'eux soit, en toute connaissance de cause, le favori des présidentielles, et cela de façon durable, pose vraiment question. Une grande partie du peuple américain, pas les intellos des quartiers chics à New York, mais les précaires, les travailleurs, ceux qui n'ont pas de retraite, etc. sont acquis à la cause trumpienne et quelles que soient les bêtises (pour ne pas écrire de gros mots) faites par Trump, ils lui garderaient leur soutien. Le pire, c'est que le démagogue populiste milliardaire les méprise et représente tout ce que ces personnes peu aisées devraient détester, en particulier l'arrogance de plus forts.

    C'est la confrontation de la réalité historique des États-Unis : c'est aussi un peuple de cow-boys qui règlent les problèmes par la violence, la frime, la force, les rapports de force, le bluff. Même l'âge ne devait pas favoriser Trump. C'est vrai, Joe Biden, octogénaire maintenant, est vieux, mais il tient encore la route ; jamais dans la définition de sa politique il n'a été mis en cause pour une incohérence, ou une inconséquence, au contraire d'un Trump qui, lors de son mandat de 2017-2021, faisait n'importe quoi d'imprévisible sur le plan intérieur et extérieur. Et du reste, Trump est aujourd'hui plus vieux que Biden il y a quatre ans, juste avant sa première élection, et apparemment, il est en nettement moins bon état de santé que Biden au même âge, il suffisait de voir comment il se comportait pendant son procès débuté le 15 avril 2024 à New York, incapable de suivre une réquisition jusqu'au bout (sa présence à son procès était obligatoire).

     
     


    La réaction de Donald Trump à sa condamnation multiple (je sais dire double pour deux, triple pour trois, mais je ne sais pas comment dire pour trente-quatre !) n'a bien sûr pas étonnée. Le lendemain dans une conférence de presse, le populiste hurlait au complot, à la politisation des juges, au procès truqué, et au vrai verdict qui tomberait le 5 novembre 2024 au soir... Être aussi hostile aux institutions (on l'a vu mettre de l'huile sur le feu dans l'invasion du Congrès en janvier 2021) et vouloir en être le magistrat suprême relève d'une schizophrénie... populaire !

    Avec un esprit de finesse aussi peu développé que Trump, le porte-parole de Vladimir Poutine lui a apporté un soutien moral dans ses déboires judiciaires, ce qui n'est pas très malin politiquement pour l'aider à convaincre les électeurs américains qu'il n'est pas le candidat de puissances étrangères. Il faut dire que lorsqu'il s'agit de déstabiliser un pays, les dirigeants russes n'ont jamais hésité à porter leurs gros sabots, ils ne font pas dans la dentelle. Beaucoup plus subtils, les dirigeants chinois préfèrent se taire et compter les points. Quant aux autres dirigeants du monde, le silence est d'or : charger Trump mettrait leur diplomatie en danger si jamais il revenait au pouvoir. La prudence s'impose donc.

    Plus c'est gros, plus ça passe. On retrouve cela aussi dans d'autres démocraties, comme en France où un parti ouvertement populiste (et d'essence d'extrême droite), qui n'a jamais caché ses sympathies pour Donald Trump, reste obstinément très largement en tête des sondages alors que son inconsistance, son incohérence, la vacuité de son bilan, ses contradictions, son électoralisme sont mis à jour depuis le début de la campagne des élections européennes. Mais à quoi rêve les peuples masochistes ? Plus au Père Noël mais au Père Fouettard ? Peut-être. On n'a que ce qu'on mérite.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (31 mai 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Triste Trump (hic) !
    Paul Auster.
    Moody's et Fitch.
    Les 75 ans de l'OTAN.
    Lee Marvin.
    Les 20 ans de Facebook.
    Bernard Madoff.
    La crise financière mondiale de 2008.

    La boîte quantique.
    Maria Callas.
    Henry Kissinger.
    Alexander Haig.
    Katalin Kariko et Drew Weissman.
    Rosalynn Carter.
    Walter Mondale.
    Marathonman.
    Bob Kennedy.

     
     





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    https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/triste-trump-hic-254935

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